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| Jean BENOÎT, Langage des Oiseaux. |
Tu m'as demandé si je pensais à la mort. Toujours. C'est bien la seule chose qui me garde en vie. La mort et ton coeur qui bat dans ton corps nu au soleil de minuit. Ton sexe comme la tranche rose d'un livre noir. L'intérieur de tes cuisses douces comme la deuxième fois. Ton seul baiser pour vrai, penchée sur moi comme pour arroser la pluie. Perdue. Ma jeunesse perdue qui se remet de la mort, qui va se relever et descendre vers le fleuve pour prendre la main de n'importe qui. Mon appartement vide, la lumière dehors qui entre dans la cuisine comme une femme égarée dans la cour des miracles. Va t-en, va t'en pas. Est-ce que j'ai l'air d'être sérieux? Tu me noies dans la fièvre qui ne grimpe jamais. Je veux que tu partes, que tu cours, que tu traces une flèche sur le trottoir pour me dire où ne pas te courir après.
Descends, descends plus bas. J'ai appris le langage des oiseaux. Sur un lit de camp, en plein Paris, j'étais le garçon de ferme d'un fantôme sans terre. J'ai pris la main de la vieille femme du monde, l'ai guidée jusqu'à l'avenue Rachel pour qu'elle aille nourrir les chats du cimetière. Moi, je bandais devant les tombes. À tout prendre plutôt qu'à bout de souffle, je ne cours plus derrière toi. Je suis devant. Je n'attends plus après personne, et j'aime la mort de chaque mot.

C'est scandaleux, mais jamais aussi scandaleux que la mort. C'est beau; cela fascine autant que cela angoisse et intrigue.
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