mercredi 1 mai 2013

L'amour, la mort pis toute

Jean BENOÎT, Langage des Oiseaux.
À tout prendre plutôt qu'à bout de souffle. Ce choix a toujours été le mien, et les films qu'on peut en tirer ne sont que la bande sonore de mon cœur qui bat. Je suis de ces oiseaux qui nourrissent le langage avec les fleurs, ces fleurs que l'on trouve au fond des yeux. Je peux me battre pour ces fleurs, mais il faut qu'il y en ait. Je ne prendrai pas ce chemin-là s'il n'y a que des épines et des ronces, des absences et du vide. Suis-je si complètement mauvais, si inutilement naïf, si désespérément niaiseux pour qu'on prenne tant de plaisir à me jeter des torrents de bruit quand je ne demande que des éclairs de Toi? Je ne te laisserai pas le choix : c'est moi qui vais disparaître. Je vais partir et tu verras bien si c'est amusant d'être libre tout seul. Alfred, conduis-nous loin de la Pologne. Chacun son tour d'être mangé.

Tu m'as demandé si je pensais à la mort. Toujours. C'est bien la seule chose qui me garde en vie. La mort et ton coeur qui bat dans ton corps nu au soleil de minuit. Ton sexe comme la tranche rose d'un livre noir. L'intérieur de tes cuisses douces comme la deuxième fois. Ton seul baiser pour vrai, penchée sur moi comme pour arroser la pluie. Perdue. Ma jeunesse perdue qui se remet de la mort, qui va se relever et descendre vers le fleuve pour prendre la main de n'importe qui. Mon appartement vide, la lumière dehors qui entre dans la cuisine comme une femme égarée dans la cour des miracles. Va t-en, va t'en pas. Est-ce que j'ai l'air d'être sérieux? Tu me noies dans la fièvre qui ne grimpe jamais. Je veux que tu partes, que tu cours, que tu traces une flèche sur le trottoir pour me dire où ne pas te courir après.

Descends, descends plus bas. J'ai appris le langage des oiseaux. Sur un lit de camp, en plein Paris, j'étais le garçon de ferme d'un fantôme sans terre. J'ai pris la main de la vieille femme du monde, l'ai guidée jusqu'à l'avenue Rachel pour qu'elle aille nourrir les chats du cimetière. Moi, je bandais devant les tombes. À tout prendre plutôt qu'à bout de souffle, je ne cours plus derrière toi. Je suis devant. Je n'attends plus après personne, et j'aime la mort de chaque mot.

1 commentaire:

  1. C'est scandaleux, mais jamais aussi scandaleux que la mort. C'est beau; cela fascine autant que cela angoisse et intrigue.

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