dimanche 18 janvier 2015

Sonnet LXV

Johannes Vermeer, La Peseuse d'or, 1662-1665.

Si le cuivre, la pierre, la terre, la mer sans bornes
Meurent tristement malgré leur pouvoir
Comment contre cette rage la beauté peut-elle plaider
Quand elle n’a pour elle que la force d’une fleur?
O comment l’été peut-il souffler son miel
Quand les rochers invincibles ne tiennent pas
Ou que les portes de fer cèdent, que le Temps pourrit?
O pensée pleine de peur, où donc
Le meilleur joyau du Temps pourrait-il reposer
Ou quelle main forte pourrait retenir son pied agile?
Et qui pourrait empêcher ce gaspillage de beauté?
O, personne, sinon ce miracle devant nous
Que dans l’encre noire mon amour peut encore briller.

- William Shakespeare

jeudi 15 janvier 2015

Le piège

Alberto GIACOMETTI, L'Homme qui marche (1956)

Je n’ai pas d’avis sur la tuerie des gens
Qu’ils saignent et se noient dans la mort
Et je n’aurai pas une idée plus claire
De ce qui m’attend aux lendemains des nuits

J’ai essayé de tuer le ciel en le fixant
Trop longtemps comme un ennemi
J’ai cueilli des étoiles dans mes mains
Comme un voleur chez un antiquaire

On m’avait promis des explications claires
Et je déchiffre au cours lent des tempêtes
À peine la bouteille qui verse l’esprit noir

Sur la femme qui dort et son sommeil sacré
La reine Mab a la bouche à ras bord de clefs
L’araignée dans sa toile où mes doigts sont collés

15 janvier 2015