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| Maxime Catellier, Québec, 2011. |
Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l'ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre.
- Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire (1549)
Hier soir, des centaines de nos camarades ont été pris en souricière au coin des rues Saint-Denis et Sherbrooke, à Montréal, parce qu'ils ont refusé de se soumettre, refusé d'obéir à une loi inique qui bafoue le droit du peuple à se soulever et à manifester son désaccord.
L'insurrection n'a pas d'itinéraire. Elle descend dans les rues pour renverser le pouvoir à l'usure, à force de marteler ces rues de nos pas et de nos chants, de notre paix furieuse et de nos jambes infinies qui avalent les kilomètres de colère comme autant de chemins à faire tomber le géant qui nous ignore. Nous n'avons pas à vous fournir le tracé de ce qui n'est pas encore tracé.
La violence n'est pas là où on l'attend, n'est pas celle que l'on prétend. La vraie violence naît dans cette volonté de servir et d'obéir qui nous avilit et nous paralyse, ouvrant la voie à toutes les dominations. Si la police nous suit, c'est parce qu'elle obéit.
Nous, qui n'obéissons pas, ne suivons personne. La tête des manifestations, le noyau dur, est le cœur de l'insurrection en cours. C'est quelque part entre le bateau et le phare, dans cet appel inlassable à trouver ce qui nous balaie de part et d'autre dans cette mer où nous avons décidé de plonger.
Comme un prélude à ces marches menées au crépuscule par les étudiants pour rappeler à tout le monde que nous sommes libres, voici que le tintamarre citoyen s'est mis en branle et a pris la rue lui aussi, essaimant dans toute la ville. La police a paniqué, prenant le noyau dur en souricière. Nous avons rejoint le cortège de Villeray qui s'avançait rue Ontario, et avons remonté Saint-Denis, forçant le blocus policier à reculer pour aller rejoindre le gros des troupes qui tenait toujours en otages nos camarades. Le tintamarre a continué malgré les charges de l'anti-émeute. À la fin, il n'était qu'une poignée à les défier en cognant furieusement sur leurs tambours de fortune. Dur noyau dur.
Nous marchons en faisant comme si ce n'était pas nous qui nous déplacions. Nous jouons à nous imaginer que nous sommes immobiles et que c'est la ville qui marche, que la ville s'écoule de chaque côté de nous comme un fleuve.
- Réjean Ducharme, L'Avalée des avalés (1966)
C'est la ville qui marche, Bérénice. Nous nous tenons au milieu de ses flots comme des colonnes de brume. La dispersion est inutile.

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