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| Pierre BONNARD, Jeune femme se chaussant, 1910. |
On s'entend mal. On s'écrit des bêtises. On se raccorde. On se ment. On se dit des choses que ni l'un ni l'autre ne pensent.
C'est le problème de la communication. Ça ne date pas d'hier, mais c'est pire qu'avant.
Je prends toujours un malin plaisir à noter qu'à la fin de sa vie, Guy Debord prenait encore des rendez-vous par lettre. Vrai qu'il y avait à l'époque deux levées de courrier à Paris, mais quand même. Annuler un rendez-vous par lettre, c'est une autre paire de manches que de texter quelqu'un pour lui dire qu'on est en retard de quinze minutes. Disons trente. Une heure plus tard, on peut toujours continuer à lui envoyer message sur message, à un point où cet échange peut devenir uniquement textuel. On ne finit jamais par se voir. C'est le problème de la communication.
L'omnipotence du téléphone portable sur nos vies est effrayante. Les gens ne se donnent même plus la peine de promettre, tant nous pouvons nous démettre au moyen d'un simple coup de fil. Cela nous empêche de travailler, plutôt que de nous permettre de communiquer. Une boîte de communications ou de relations publiques, à la base, c'est de ne jamais travailler, mais de toujours attendre après les autres. Rien n'avance, et tout se négocie. Pas la moindre certitude, car tout peut changer d'une minute à l'autre. C'est le degré zéro du silence, cette note blanche si essentielle à la parole.
On aura beau me faire la démonstration du contraire sous mille formes différentes, je demeure persuadé que nous nous parlons de moins en moins, et de plus en plus pour dire n'importe quoi. L'air est pollué de ces paroles sans âme que nous nous adressons comme si nous nous parlions vraiment. «Tout n'est qu'ombre et remuement de poussière; pas d'autre voix que le bruit de ce que le vent soulève et entraîne, pas d'autre silence que celui de ce que le vent abandonne derrière lui» écrivait Pessoa dans son Livre de l'Intranquillité. J'estime que nos paroles devraient servir à de plus nobles causes. Celle d'aimer, entre autres, gravement atteinte par ce concert d'insignifiance. Il n'y a pas une femme qui n'espère pas, jour après jour, se faire dire des mots doux. De vrais mots doux. Pas des mugshots d'organes génitaux transmis par Instagram. Tu es belle, je t'aime, tu sens bon. Je ne m'imagine pas dire cela à quelqu'un qui n'est pas à un jet de lèvres de moi. Cela perdrait tout son sens.
C'est le problème de la communication. Ça me préoccupe. J'ai l'impression qu'on ne fera bientôt plus la différence entre la distance et la proximité. Et je ne dis pas cela pour défendre seulement la proximité, mais surtout la distance, la vraie distance qui nous sépare des autres. J'ai besoin de cette distance pour exister. Je n'existe pas sans cette distance qui permet la solitude. Et sans cette solitude, je ne crois pas qu'il soit possible d'être libre. Et si je peux comprendre que c'est le problème de la communication, je ne veux surtout pas que ce soit le problème de la liberté.

Salut Max,
RépondreSupprimerCe commentaire n'a rien à voir avec ton texte, même si je l'aime bien :)
Je fais un rebound sur la conversation qu'on a eue lors du lancement de Vickie. Une amie démarre un hebdo local sur Hochelaga et cherche des collaborateurs. J'ai tout de suite pensé à toi. Fais-moi signe si ça t'intéresse (ou pas): superk696_at_gmail.com
Keep on poetring!
Ça m'a fait penser à : "Notre époque en est une excitée et pour cette raison même ce n'en est pas une passionnée ; elle s'échauffe continûment parce qu'elle sent qu'elle manque de chaleur, au fond, elle gèle." Nietzsche
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