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| Maxime Catellier, Mort au curé, Été 2009. |
Pis surtout, c'est d'la faute des jeunes, han... Plusse que les jeunes grandissent, plusse qu'y nous font honte... Si c'était inque de moé, la maudite jeunesse, han, ça marcherait à coups de pieds dans le derrière... C'est jamais content de rien... ça chiale tout l'temps... Tu leu donnes n'importe quoi, ça chiale encore... Tu leu donnes toute, c'est pas ça qu'y veulent... Pis y nous font honte... Maudit, quand on était p'tit, on chialait tu? On a jamais chialé... Pourtant, on avait rien... On faisait toute dans à rue... Ben y avait pas d'autes places pour rien faire... On jouait dans à rue, on marchait dans à rue, on s'faisait écraser dans à rue, toute... Ben on l'savait comment c'tait effrayant dans à rue, par exemple... On voulait pas qu'nos enfants soyent dans à rue, nous autes... On a toute faite pour pas qu'y soyent dans à rue... Y comprennent pas ça aujourd'hui... Y sont même pas reconnaissants... On a toute faite pour eux autes... Pendant des années, on s'é saigné à blanc pour pas qu'y soyent dans à rue, nous autes... On a travaillé comme des caves, on a payé des taxes, on a payé des impôts, nous autes, pour pas qu'y soyent dans à rue... On a bâti des CEGEP, des porlyvalentes, des centres culturels, y ont eu toute ces enfants-là... pour pas qu'y soyent dans à rue... Ces p'tits maudits-là, aussitôt qu'on tourne le dos, y prennent des pancartes, bang! y sont dans à rue!
Yvon Deschamps, La Honte (1969)
Si je comprends bien, non seulement mon peuple est en faveur d'une hausse des droits de scolarité, donc d'une accessibilité réduite aux études, mais il appuie un gouvernement corrompu dans son intransigeance envers le mouvement étudiant. Je n'ai jamais eu aussi honte de toute ma vie. Honte de voir et d'entendre mes concitoyens embrasser le discours idéologique que le Parti Libéral du Québec utilise pour masquer tant bien que mal sa réelle volonté : faire en sorte que la jeunesse qui décide d'aller s'asseoir sur les bancs des universités le fasse dans la seule optique de faire carrière dans le domaine choisi. Car si l'endettement grimpe, le carriérisme fera de même. La seule raison valable pour s'endetter à ce point sera de décrocher un emploi au bout du compte. En réduisant ainsi la mission de l'université à un horizon purement carriériste, on facilitera le rapprochement entre l'entreprise privée et les départements, de même qu'on mettra en péril les domaines d'études où ce rapprochement est plus ou moins inexistant : littérature, philosophie, anthropologie, histoire... bref, toutes ces disciplines qui ont fondé notre rapport au monde et nous ont permis d'appréhender sa complexité. L'université deviendra, à plus ou moins long terme, une simple école de métiers où l'on investit dans une formation pour obtenir un emploi payant. J'ai honte.
À cette honte s'ajoute un malaise grandissant devant le mépris dans lequel on tient la jeunesse. Selon les sondages creux publiés ces jours-ci, la population de notre belle province est dérangée par l'intransigeance du mouvement étudiant. À ces humeurs manifestement irréfléchies, je répondrai que l'intransigeance actuelle de la jeunesse québécoise est mon seul motif de fierté. Je suis aussi fier de cette jeunesse intransigeante que j'ai honte de l'opinion publique. Et je tiens à le dire, haut et fort : je souhaite que cette jeunesse se radicalise de plus en plus, qu'elle ne lâche pas le morceau, et qu'aux prochaines élections, elle vote massivement contre ces momies abrutissantes qui s'invectivent à l'Assemblée Nationale. Je veux que cette jeunesse me donne un gouvernement radicalement à gauche, un gouvernement qui taxera les banques et enverra en prison tous les bandits à cravates, un gouvernement qui protégera nos ressources naturelles et mettra fin à cette république de bananes analphabète.
Comme le disait si bien Gérald Godin : J'ai mal à mon pays. Mal à un pays où la seule chose qui importe est le prix du gaz que tu mets dans ton char et le temps que ça prend pour aller à job et revenir chez vous. Mal à un pays où la moindre perturbation quotidienne est perçue comme une insulte plutôt qu'une occasion de réfléchir à des enjeux primordiaux. Mal à un pays où l'on écrase des artisans sous le bulldozer d'eau de javel qui a permis à des industriels d'étendre leur empire de l'insipide. Mal à un pays qui reporte au pouvoir depuis 9 ans ce crosseur acharné et malicieux qui, les deux mains sur le volant, se remplit les poches et celles de ses amis en nous crachant dans face. Mal à un pays qui refuse de naître et ne veut pas mourir non plus. Mal à un pays qui aime se vautrer une fois par année dans un drapeau en vomissant sa caisse de 24 tout en écoutant les chansons débilitantes de ses vedettes pop et en ignorant obstinément les créateurs et leurs conditions faméliques. Mal à un pays qui méprise cette belle jeunesse qui seule lui rappelle aujourd'hui que nous ne sommes pas les esclaves de notre quotidien, et que le monde peut changer.
À vous, filles et garçons qui partez chaque nuit du square Berri pour hanter les rues de votre révolte, j'offre les restes de mon cœur que la honte n'a pas rongés.

Woah, Max.
RépondreSupprimerTe lire donne des forces.
Je suis secouée et émue.......en commençant par une référence à Yvon Deschamps, vous donnez encore plus de poids à votre texte.
RépondreSupprimerSavoureux, le monologue de Deschamps.
RépondreSupprimerLe peuple, en fait, il est ébloui, aveuglé par les médias. Le gouvernement se charge de faire passer les étudiants pour des brutes, ce qui les discrédite aux yeux des plus nombreux. Puis, le gouvernement, décidément sans limite dans sa lâcheté, frappe sur lesdits étudiants, en assurant que c'est pour que tout rentre dans l'ordre. Rien de nouveau là-dedans ; mais c'est pour dire qu'au fond je n'ai pas honte de mon peuple, disons, simplement, que je le regarde avec une commisération dépitée, faussement tendre à force d'être sans force. L'ignorance est un fléau de tous les âges. Ce dont j'ai honte, c'est mon gouvernement. Quelle troupe de flamboyants criminels ! Par quelle espèce de phénomène social, de confluence des psychologies individuelles, finit-on par s'encombrer des plus sinistres et voraces barracudas ! En fait, je pense que poser la question, c'est y répondre.
Ce que tu écris est magnifiquement beau et inspirant. Bravo. Ton flambeau brille fantastiquement.