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| Maxime Catellier, Rue de Ménilmontant, Mai 2011. |
Quand je serai vieille, je serai vieille.
- Geneviève Desrosiers
Je crois être en mesure de vous dire, après avoir marché avec eux durant toute une semaine, qu'elle est formidablement dangereuse. Dangereuse pour le confort gangrené dont jouit cette société malade sans le savoir, dangereuse pour ce système politique dont les ficelles sont si visibles, dont les failles sont si grandes, qu'il a maintenant besoin d'un théâtre juridique pour nous jouer sa triste comédie. Dangereuse pour ceux qui ont tout intérêt à ce que le système d'éducation devienne peu à peu une usine à cerveaux dont l'hyper-spécialisation empêchera à moyen terme de porter sur le monde un regard assez large pour embrasser l'horizon.
Mais ne nous aventurons pas dans le général, dans la métaphore, car nous pourrions perdre toute crédibilité. Ces gens-là ne veulent pas entendre parler d'horizon, et encore moins de l'embrasser. Ils veulent l'encadrer et le poser au mur, comme un trophée de chasse. J'ai des nouvelles pour eux : Nous reviendrons, nous aurons à dos le passé, et à force d'avoir pris en haine toutes les servitudes, nous serons devenus des bêtes féroces de l'espoir. Cette citation de Gaston Miron, avec laquelle Gabriel Nadeau-Dubois a terminé son intervention durant l'événement Nous?, le 7 avril dernier, nous n'avons pas peur de la faire nôtre.
Nous n'avons pas peur de la poésie. Nous n'avons pas peur de l'insurrection. Nous n'avons pas peur de l'acharnement. Nous n'avons pas peur de la police. Hier, le long cortège humain qui remontait le boulevard Saint-Laurent jetait ses cris contre le regard vide de ces fêtards soûlés de mépris, contre l'absence de rêve dans un pays qui en a bien besoin pour en devenir un. Nous sommes votre rêve. À vous de nous dire si vous êtes prêts à vous réveiller et à le vivre vraiment.

Voilà. C'est dit. Et bien dit. Et j'ajouterais que cette société robotisée a simplement décidé que le spectacle avait assez duré. Rien, dans sa réaction, n'est fondé sur la pensée et l'intelligence, ou même le bon sens. Même pas la peur ! L'opinion publique a pondu son oeuf et le couve : « Je suis tanné d'en entendre parler tous les jours à la radio, de voir ça tous les jours à la télé. Chu pu capable. » Voilà l'extrême réflexion de monsieur et madame Tout-le-Monde, une réflexion qui ne peut aller plus loin, car il n'y a pas de pire ignorant que celui qui ignore qu'il ignore. « The show must go on. » Et si possible, qu'on nous montre que ça va mal AILLEURS. Et que le malaise demeure bien à l’extérieur de nous. Pour que nous puissions, en toute sécurité et sérénité, continuer à nourrir nos illusions, laisser les patrons et la mafia danser leur quadrille et nous escroquer avec mépris, en appelant ce jeu « démocratie ».
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