Chère Myriam,
sachant ma cassette en route, je me suis permis d'aller dénicher Mayday, qui circule déjà un peu dans les méandres d'internet. C'est la rançon de la gloire, j'imagine. J'ai mis ça dans mon téléphone et je suis parti pour Huntingdon, où les souliers des enfants m'attendaient à la quincaillerie qui arrondit ses fins de mois avec Purolator. La moitié de l'album a filé du lac St-François à la rivière Châteauguay, comme un pur délice épousant les champs dans sa magie.
L'autre moitié, sur le chemin du retour, était trop longue et j'ai dû bifurqué sur le chemin de la rivière La Guerre, roulant très lentement sur le découpage sinueux de cette route que je devine très vieille, croisant dans ma rêverie les ruines d'une église écossaise qui se tient toujours là, au beau milieu de nulle part, à peu près au même moment où la chanson pour ta mère m'a forcé à ralentir encore, presque immobile, interdit et pris de vertige. La ritournelle m'avait d'abord ennuyé, avant de me prendre au cœur comme le souvenir d'un voyage, alors que je ne faisais que rentrer chez moi. Quand la berceuse a commencé, je descendais lentement vers le lac, qui était devenu clair comme de l'huile dans le lointain de mon enfance, effaçant le temps et épousant le sort de la route qui me ramenait à l'école où je devais cueillir les enfants.
Et là, à la toute fin, j'ai entendu retomber le silence après le dernier souffle, et j'étais de retour chez moi. J'avais la nostalgie d'un lieu qui avait défilé en moi pendant que j'étais ailleurs.
Demain, le ciel de mai reviendra se poser sur le jour, à peine heureux mais d'une joie entière. Il aura la couleur de cette musique, verte comme le mélange du bleu de la peine et du jaune que le jour nous force à étendre dessus.
Xx
Maxime

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