mercredi 25 septembre 2024

Le bruit et la fureur

Gilles Latulippe dans son Théâtre des Variétés, 1984.
Crédit : Michel Gravel
   
 
La récente fermeture du cabaret La Tulipe à Montréal ne devrait étonner personne. Pas pour ceux et celles qui observent la scène culturelle de la métropole depuis les deux dernières décennies. Non pas la scène culturelle visible, celle qui par la lorgnette des médias de masse nous donne l'impression qu'il se passe quelque chose, mais bien la scène qui fleurit tant bien que mal dans le béton mal insonorisé de cette ville qui prétend vibrer au rythme de ses artistes, tel un pissenlit sortant des crevasses de l'asphalte. Je serais curieux de faire le décompte des petits lieux de diffusion qui ont disparu de la carte durant le dernier quart de siècle. La fermeture du Spectrum, à l'été 2007, aurait dû suffire à alerter tout le monde.

Si le tissu urbain se détricote à coups d'évictions et de financiarisation du parc locatif, il ne faut pas s'étonner que les lieux de diffusion de la culture souterraine deviennent des irritants. Car en dehors des monuments connus et des grands déploiements spectaculaires, ces petites salles naissent souvent à l'intérieur même de la trame des quartiers, à des intersections où la frontière entre le privé et le public est dans le flou le plus souhaitable. C'était le cas de l'Inspecteur Épingle, notamment, dont la fermeture au printemps 2016 sonnait aux oreilles de plusieurs comme la fin d'une époque. La mort du Divan Orange, deux ans plus tard, avait quant à elle des airs de requiem, avec la voix de Stéphane Lafleur pour feutrer le cercueil.

On aurait cru La Tulipe à l'abri de tout ça, en raison de son caractère patrimonial. C'était sans compter sur l'idiotie généralisée de l'appareil réglementaire municipal. Par quelle curieuse influence malfaisante un individu à lui seul peut-il faire fermer une salle aussi importante sans que personne ne lève le petit doigt? Poser la question, ce n'est pas y répondre : c'est surtout une véritable honte. Si Montréal veut devenir une banlieue à l'image de toutes celles pour lesquelles ses anciens habitants l'ont désertée afin de jouir de la quiétude de leur pelouse, elle n'a qu'à continuer comme ça.

Une ville, c'est un lieu composé de bruit et de fureur, où le silence finit toujours par retomber. C'est la beauté du spectacle.

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