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| Kasimir MALEVITCH, Carré rouge (1913) |
«Nous autres révolutionnaires...»
Ainsi débute la litanie post-heideggerienne du Comité Invisible intitulée À nos amis, litanie censée en appeler à une concertation des forces insurrectionnelles mondiales qui se sont révélées depuis le mouvement Occupy Wall Street. Ou depuis le Manifeste du Parti communiste, ce n'est pas clair. Ironiquement, cet incipit ne pouvait mieux résumer l'isolement presque complet dans lequel se trouvent les signataires anonymes de ce manifeste. Mais ils ont de l'imagination, ça oui! Cette imagination s'étend au monde entier, sur le point d'exploser. Il suffirait de presque rien... pour que, de Tarnac à New York, les rues s'enflamment et les gouvernements tombent.
Tout cela est presque aussi ridicule que la grève qui se prépare en ce moment au Québec. Il n'y a qu'à aller lire les fantaisies foucaldiennes du Collectif de débrayage pour vite se rendre compte que ce qu'ils appellent un loup est loin d'être un homme, et que ce serait plus juste d'appeler ça un intellectuel avec une paire de chaussures. Et un traitement anti-égratignures pour ses lunettes. Devant le citoyen lambda qui considère le fait de mettre du gaz dans son char comme un acte politique, ce loup risque fort de rester enfermé sur son île et de voir les stigmates déjà tatoués dans sa face creuser le peu qu'il lui reste d'existence. Bientôt, il ne se définira plus que par les clichés de ses pires ennemis.
Oui, il est bien triste de constater l'état des choses, des lieux et des êtres. Je voudrais bien croire qu'il est possible de transformer le monde et de changer la vie. Force m'est d'admettre que l'affrontement qui se prépare juste ici, sous ma fenêtre, sera pure perte au profit de ceux que nous combattons, de nos ennemis. Il ne faut surtout pas surestimer notre force, c'est un manque crucial de stratégie. Déjà, les ténors de 2012 jouent aux starlettes dans les antichambres du pouvoir, quand ils ne sont pas littéralement responsables du service de garde de l'opposition. Et on voudrait nous faire descendre dans la rue pour offrir nos dents en pâture à des loups en cravates qui ne se souviennent même plus de la dernière fois qu'ils ont pissé sans collier? Allons donc. Pendant que nous cracherons du sang sur les trottoirs du Quartier latin, ils se magasineront un nouveau contrat en signant de leurs dents blanches sur un papier à en-tête gouvernementale. Ils prépareront un nouveau livre, un nouveau film sur cette révolution permanente qui justifie leur théorie jovialiste pendant que les mêmes dents noires pourriront au fond d'appartements mal chauffés, criblés de dettes et cernés de fatigue. À nos amis! À qui donc parlez-vous, vous autres révolutionnaires?
C'est presque aussi navrant qu'un journal lu à haute voix, vos prétentions révolutionnaires prophétiques. On dirait des millénaristes en transe, incapables de se rendre compte que la peste ravage le peuple tout entier, et que ce n'est pas en lui faisant des serments en latin que vous allez le guérir.
Sur ce, bonne chance.

ON dirait Martineau avec de plus beaux mots. C'est génial, continuez !
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