Qui n'a de fin pour rien au monde
Où un seul jour ne suffira jamais »
Jeanne au cœur de mai, Maxime Catellier
« Nous autres révolutionnaires » : ainsi s'entame le faible cri d'un bien-assis qui s'isole de ses contemporain.es par la fabrication mécanique d'une critique aussi vide que fumeuse. Si le chantre s'en prend aux références intellectuelles de mouvements qui s'inscrivent dans une tradition intellectuelle, oui, révolutionnaire, il oblitère complètement que c'est des bases que provient le désir de s'émanciper de la dépendance au capitalisme, au pétrole ravageur et aux régimes oligarchiques.
Précisons, par ailleurs, dans un souci de rigueur intellectuelle dont il s'est manifestement délesté le temps de l’écriture de cet article, que la citation par laquelle il le commence ne constitue pas l’incipit d’À nos amis, mais bien le début de la première phrase du second chapitre, qui, dans son entièreté, se lit ainsi : « Nous autres révolutionnaires sommes les grands cocus de l'histoire moderne. » Nous croyons fermement en cet énoncé. Maxime Catellier publie, en grand vire-capot, un texte qui ne nous en fournit que quelques démonstrations supplémentaires. Cocufié.es. Cocufié.es par les Léo Bureau-Blouin, les Gabriel Nadeau-Dubois, les Martine Desjardins. Cocufié.es par certain.es poètes, par les réformistes, les « réalistes » : les du-bon-bord-de-la-clôture. Nous sommes cocu.es, mais nous ne sommes pas moins les petites parties d'un tout qui s'affirme de plus en plus et qui a besoin de support, de camaraderie, de solidarité. Catellier semble nier l'existence de ce tout et, par quelque aveuglement, refuser de reconnaître les multiples foyers de contestation qui s'allument un peu partout. Nous sommes enragé.es et nous nous organisons.
Nous croyons d'autant plus que sa critique d'À nos amis est irréfléchie, du fait qu'en toute mauvaise foi, il amalgame douteusement le comité invisible, le mouvement qui se met présentement en branle au Québec et la grève de 2012. Que prétend-il connaître des fins possibles, des origines et des formes mouvantes de la révolte actuelle ? Manifestement, il écrit sans avoir fait l'effort d'une recherche et d'une réflexion menant à une compréhension profonde et nuancée. Nous ne croyons pas à son esprit de révolte quand il réfère par coeur à ces lieux communs désuets que sont le « changer la vie » et le « transformer le monde ». Nous n'en sommes plus là. Sors de ta tanière, vieux loup.
Quand l'auteur de cette mauvaise critique de livre nous dit que ces « révolutionnaires » sont isolé.es, on ne peut que rire devant autant de projection. S'il voit l'isolement partout, c'est sans doute qu'à travers sa fenêtre, il n'aperçoit que le mince reflet de sa propre solitude. En prétendant critiquer l'intellectualisme, il se dote lui-même d'un fort capital intellectuel en accumulant les adjectifs formés de noms d'auteurs. Nous déplorons ce doux jeu de va-et-vient entre la posture intellectuelle et celle, toute victimisante, de qui n'en a rien à faire de philosophie, de sociologie et de lutte des classes. Le comité invisible aura à tout le moins le mérite de s'affirmer intellectuel en toute modestie, sans nier qu'il est lui-même détenteur d'un fort capital culturel. Maintenant, nous ne cherchons plus le loup insulaire, nous l'entendons nous jauger du haut de sa fenêtre ''post-foucaldienne''.
Sans prétendre parler pour tous ceux et celles qui s'impliquent dans le printemps nouveau – qui ne se limite pas à une saison, à une journée, comme Catellier l'avait un jour si bien écrit – nous aimerions parler de ce que nous vivons et pressentons sur toutes les belles choses à venir dans la rue. Nous sommes en grève, encore. Cette fois-ci, nous ne parlons pas de factures. Nous ne parlons pas de moins pire, de compromis, du presque, du tiède, d'entente à mi-chemin. Nous parlons d'une lutte qui se mène déjà partout sur le territoire. Nous parlons de richesse collective capable de rompre les pipelines, les chemins de fer, la peur qui nous isole. De rompre la normalité qui nous étouffe, nous force à croire à la honte d'agir autrement, à la majorité silencieuse, à la binarité, au paradis de la retraite, à la récompense de l'abnégation. Nous parlons de mouvements sans porte-parole. Nous parlons de villes sans voitures. De pouvoirs solidaires. De décroissance, de partage, d'osmose infinie. Nous parlons à partir de là où nous sommes : de la rue-rivière de chars, des bibliothèques, des apparts mal chauffés, des sols infertiles et contaminés qui ne nourrissent plus personne. Ce que l'on demande cette fois-ci, est de n'être ni représenté.es ni vendu.es. Mais ce ne sont pas seulement les revendications actuelles que Catellier ne saisit pas. C'est la portée de ce nouveau mouvement. Nous en revenons à son amalgame douteux entre la récupération politique de 2012 et le mouvement actuel. Ce qui se passe dans les universités, en ce moment, n'a rien à voir avec ces quelques opportunistes qui sont aujourd'hui à la solde de partis, d'investisseurs, d'éditeurs, de médias. La force de l'organisation de cette grève réside dans son caractère horizontal et qui ne porte comme seule volonté que celle qui provient des bases. Il nous semble aussi dérisoire que quelqu'un s'oppose à l'opportunisme politique de certains « leaders » étudiants, quand celui-même qui fait cette critique incarne le même opportunisme crasse qui, à défaut de le faire élire comme député, lui donne le titre de poète révolté.
Regarde-nous ce printemps : tu nous verras du haut de ta fenêtre. Nous passerons et tu seras peut-être même tenté d'écrire sur nous, de refaire un « quiconque au cœur de mai » pour montrer à tes éditeurs que tu connais l'odeur du poivre de cayenne, que tu as craché du sang, alors que tu n'auras récolté que les débris de nos âmes sur le portique de la récupération. De quel peuple parles-tu et en quel droit parles-tu en son nom ? En d'autres mots : pour qui tu t'prends crisse ?
Lettre reçue de manière anonyme que l'on peut attribuer sans crainte au Collectif de débrayage.
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