![]() |
| Toyen, Tir (1939-1940) |
Léger et vif comme un flic assommant un ouvrier
Benjamin Péret, Je ne mange pas de ce pain-là (1936)
Je hais les flics. Quand les turpitudes de la vie m'amène à éprouver une certaine compassion envers leur travail, comme le jour où ma compagne a failli mourir dans un accident de voiture, je me dis que cela n'a rien à voir avec la flicaille, mais bien avec l'humanité rare de tel ou tel individu. Je me dis: celui-là, il n'aurait pas du être flic. Jour après jour, force m'est de constater que cette engeance pourrie qui nous tient lieu de loi n'a d'autre intérêt que d'abattre ce qui ne tourne pas rond. Et pourtant, elle tourne, ne s'est pas écrié Galilée. Sous la menace des zouaves pontificaux, flics de luxe de ce vieux pape immonde qui empeste la belle Italie, il a fermé sa gueule comme nous.
Hier matin, au centre-ville de Montréal, les flics ont abattu un homme qui avait perdu l'esprit et promenait sa folie, armé d'un couteau, dans la blessure de l'aube. Quatre flics armés contre un fou avec une lame. Ils ont tiré à tous vents, visant la tête, comme des flics. Un employé de l'hôpital Saint-Luc, se rendant au travail, a été atteint à la nuque par une de leurs balles. Je n'ose pas parler d'une balle perdue, puisqu'elles le sont toutes. Les deux hommes sont morts. Le fou et le passant. Du beau travail de flics.
J'ai dit plus bas que je ne me mêlerais pas d'actualité. J'ai menti. Si je dois mentir pour cracher sur les flics et leur travail amateur et meurtrier, je vais mentir à moi-même. Je vais me mêler d'actualité. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, écrivait Blaise Pascal au XVIIe siècle. Alors passons aux choses sérieuses.
Des quatre poules sans tête qui avaient pour mission d'arrêter ce fou de sévir, aucune n'a eu la brillante idée de sécuriser le périmètre? De jeter un œil aux alentours pour s'assurer que personne n'allait se retrouver dans la ligne de feu? Combien faut-il de flics pour viser les jambes d'un malade? Et à plus forte raison, combien faut-il de flics pour tuer accidentellement un citoyen? Autant de questions qu'il semble inutile de poser à ces racailles que le pouvoir du gun excite au point de tirer plusieurs fois sur un pauvre fou qu'une clé de bras aurait suffi à mettre hors d'état de nuire. Mais j'oubliais : les policiers doivent tirer si l'individu dangereux se trouve à moins de six mètres de leur divine personne. À ce compte, je préférerais qu'on se munisse d'une patrouille de ninjas. Eux, au moins, ils accepteraient de se mettre en danger au lieu de prendre le risque d'abattre un citoyen.
Mais, que peut la meilleure intention, apportée au service d'une cause juste, contre les dérèglements de l'aliénation mentale? Il s'est avancé vers le fou, l'a aidé avec bienveillance à replacer sa dignité dans une position normale, lui a tendu la main, et s'est assis à côté de lui. Il remarque que la folie n'est qu'intermittente; l'accès a disparu; son interlocuteur répond logiquement à toutes les questions. Est-il nécessaire de rapporter le sens de ses paroles? Pourquoi rouvrir, à une page quelconque, avec un empressement blasphématoire, l'in-folio des misères humaines? Rien n'est d'un enseignement plus fécond. Quand même je n'aurais aucun événement de vrai à vous faire entendre, j'inventerais des récits imaginaires pour les transvaser dans votre cerveau.
Lautréamont, Les Chants de Maldoror (1869)
Malheureusement, le récit dont il est question aujourd'hui n'a rien d'imaginaire. Les flics ont tué deux hommes quand un bon coup de botte aurait suffi à désarmer celui dont le cerveau malade mettait en danger la quiétude de l'aube sur la rue Saint-Denis. J'apprend que les quatre policiers sont en état de choc, à l'hôpital Saint-Luc où travaillait le passant qu'ils ont accidentellement abattu. Qu'on les porte donc à l'aile psychiatrique, c'est tout le bien que je leur souhaite.

Il n'y a malheureusement plus d'aile psychiatrique à St-Luc. C'est le premier qu'ils ont démoli dans l'espoir d'y construire, un jour, un CHUM.
RépondreSupprimerCoïncidence?
non mais de toute façon c'est une aile de poulets que ça leur prendrait en réalité...
RépondreSupprimersans déconner, le problème c’est juste qu’on ne peut pas intervenir auprès d’une personne qui a des problèmes de santé mentale, même si elle éventre outrageusement des sacs poubelles avec un couteau, comme s’il s’agissait d’un simple délinquant; et c’est bien évident que les policiers n’ont pas les compétences ni la formation pour ça et qu’ils n’ont pas non plus accès à des ressources appropriées en cas de crise et qu’ils ne reçoivent pas davantage de consignes pertinentes à ce sujet parce que socialement encore aujourd’hui les personnes qui ont des problèmes de santé mentale sont considérées comme des sous-personnes et tout le monde se fout de ce qu’on leur fait subir tant qu’ils ne viennent pas leur casser les oreilles ou bousiller leurs précieuses ordures – là, ce qui a suscité une réaction c’est qu’une « vraie personne », un honnête travailleur, a aussi été tuée; autrement, le niveau d’indignation populaire aurait été pas très loin du nul ou alors un bref soubresaut (genre quelques secondes de ça-se-peut-tu – sans qu’on puisse savoir d’ailleurs si c’est en raison de la mort d’un pauvre cinglé ou devant l’inconcevable massacre de vidanges qui, après tout, ne faisaient de mal à personne).
RépondreSupprimer