vendredi 10 février 2017

Ode au Centre-Sud

À mes soeurs et mes frères de fortune et d'infortune


Il n'y a pas si longtemps j'errais dans tes rues
que j'appelais MAISON
c'est encore ce nom que je te donne
quand je traverse le pont Jacques-Cartier
pour me retrouver au coeur de la ville
quand elle me manque
ma maison aux quatre vents
du chemin de fer à la place des Arts
entre Sherbrooke et le carré
entre le parc et le fleuve

Jean Narrache a rimé tes veillées
sur les trottoirs de la rue Wolfe
à côté de Montcalm
pour éviter qu'ils se croisent
on ne compte plus les airs bizarres
qui hantent tes coulisses
quand on prend le raccourci
de l'avenue Lartigue
pour aller se traîner les pieds
sur Logan

Et pour se rendre du Cheval
à chez nous
il y a mille chemins
et la grand' rue Ontario
déverse son vacarme
on peut se cacher le long
de l'usine à souliers
par la rue Labrecque
et prendre Robin
pour souffler vers l'Est

Même quand les pieds te manquent
il y a toujours un parc pour attendre
de voir si la lumière finira par se rendre
au bout du sort qui jette ses dés
par la fenêtre comme si la musique
des rues continuait de battre
comme un coeur de maman
à la porte ouverte sur la nuit
mon centre-sud
tu les prends dans tes bras

Personne ici n'est un étranger
ils sont tous du même pays
que Villon a chanté en terre lointaine
avant d'être chassé de Paris
pour venir se cacher dans un 3 et demi
sur la rue Champlain
avec Jésus pis Moïse
pis tous ceux qu'ils ont croisé
dans le désert de la ville
dans la jungle de Berri

Au coin de Maisonneuve et Visitation
il y a un coin de ciel que je connais
je serais capable de le peindre
avec mes doigts dans le ciment frais
qu'on rajoute à chaque fois
pour cacher les fantômes du faubourg
on a essayé de te faire une peau neuve
souvent mon centre-sud s'est relevé
malgré les bouttes qui lui manquent
il est pas tuable

Il y a des quartiers comme ça
qui te font perdre la mappe
et inventer des paysages
au fil du monde qui passe
c'est dans leur nature profonde
de se survivre à eux-mêmes
et ce n'est pas une carte
qui va changer la donne
qu'on brasse depuis un boutte
dans la soupe populaire

Ils auront beau nous faire croire
aux sorcières ce n'est pas ici
qu'on va commencer à les brûler
ni les junkies ni les punks ni les pauvres
ni les étudiants en grève ni les poqués
ni les trans ni les putes ni les perdus
ni les béèsses ni les fuckés dans tête
on les prend toutes dans notre gang
pis ceux qui sont pas contents
peuvent remonter la côte

Du coin des yeux au coin des rues
toutes sortes de monde se croisent
depuis toujours dans le centre-sud
c'est pour ça que les histoires
se racontent mieux dans la chaleur
des mélanges et des mélangés
la vie a l'air moins plate
quand les vies sont pleines d'accidents
et qu'elles se promènent obliques
dans les dédales de la friche

Au-dessus de nos têtes
les orages passent et se vident
quand tout est nettoyé le soleil
revient frapper sur les vieilles briques
pour nous laisser savoir qu'on peut sortir
à nouveau marcher dans tous les sens
refaire la carte du centre-sud chaque jour
avec les gens de peu et de rien et de tout
qui s'échangent des sourires
d'égal à égal

Maxime Catellier
10 février 2017

2 commentaires:

  1. Je connais ce quartier depuis très longtemps.On pourrait en discuter si cela vous chante...

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